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CAPTAGON : BREAKING BAD AU MOYEN-ORIENT

C’est une saisie record qu’ont effectuée le lundi 26 octobre les douanes libanaises : plus de deux tonnes de Captagon dans les valises d'un prince saoudien à l'aéroport de Beyrouth. Il s'apprêtait à décoller pour Riyad, la capitale de l'Arabie Saoudite. Là-bas, cette pilule, qui ne coûte que quelques centimes de dollars au Liban, se revend plus de 20 dollars pièce. Et plus de 55 millions de doses y sont saisies chaque année.  Quelle est donc cette mystérieuse drogue qui inonde le Moyen-Orient et finance Daesh ? 

Edifiante enquête en Jordanie de Julien Fouchet au cœur du trafic.

Au fil de nos reportages au Moyen-Orient ces derniers mois, le même mot revenait : Captagon. Que ce soit la Syrie, l’Arabie-Saoudite,la Jordanie ou les Emirats… toujours le Captagon. En aparté, certains interlocuteurs plus prolixes expliquaient qu’il s’agissait de la drogue de Daesh.  Nous avons ainsi découvert qu’une sorte de « BreakingBad » se jouait en ce moment en Syrie. Bien à l’abri dans les territoires qu’il a conquis, l’Etat Islamique « is cooking », comprendre prépare cette amphet’ qui donne courage, témérité et endurance aux combattants. Aucun ne le reconnaît, mais tous les groupes s’y sont mis, que ce soit le Front Al-Nosra, l’Armée Syrienne Libre, les hommes de Bachar car c’est tout bénéf. Non seulement les hommes sont vaillants et intrépides mais cette drogue très facile à fabriquer rapporte gros et les groupes armés comme les trafiquants en inondent tout le Moyen-Orient, encaissant au passage des millions de dollars. (Lire l'article de Radio-Canada sur notre reportage, Enquête sur la drogue qui inonde le Moyen-Orient).

Pour notre reportage, nous nous sommes rendus en Jordanie, c’est « La » ligne de  front du Captagon. La Jordanie est en première ligne avec d’abord ces réfugiés syriens qui, entre deux pétards, gobent ces pilules qui font oublier l’ennui et l’exil. C’est lors de notre visite des bureaux de l’AND ( Anti Narcotic Division ), l’agence qui lutte contre le trafic de drogue que nous avons pu vérifier la réalité et l’énormité du trafic de Captagon avec des milliers de sacs saisis qui envahissent le sous-sol. C’était bien au-delà de ce que l’on imaginait. Depuis le début du conflit, les saisies ont été multipliées par six ! Les autorités sont débordées. Une dizaine de kilos à la revente rapporte entre trois et quatre millions de dollars… de quoi créer des vocations. 

Aux frontières, les trafiquants font feu de tout bois pour dissimuler leur Captagon :  Petits Lu,  paquets de pâtes alimentaires, olives fourrées… destination l’Arabie Saoudite, devenue l’un des premiers pays consommateurs. Et nous assistons à l’interception d’un pick-up rempli de Captagon jusqu’à la gueule. De la drogue partout. Un fléau pour les villages jordaniens limitrophes de la Syrie dont une partie de la jeunesse est accro à cette amphétamine addictive que les dealers n’hésitent pas à distribuer à la sortie des écoles. Le Captagon, la nouvelle calamité d’une région qui n’en avait pas vraiment besoin.

Les producteurs de Captagon profitent du chaos pour approvisionner les pays voisins du comme le Liban, la Jordanie et l’Arabie Saoudite. La Syrie est devenue le principal producteur de Captagon. Trait d’union entre le Golfe et le Moyen-Orient, la Syrie supplante désormais le Liban. La Jordanie, elle, est devenue le hub de distribution. Les saisies de Captagon se multiplient comme le nombre de candidats aux centres de désintoxication. Premier pays touché , l’Arabie Saoudite qui en 2011 représentait 21% des saisies mondiales d’amphétamines. La molécule du Captagon est la fénéthylline, un dérivé amphétaminique qui stimule le psychisme et améliore les aptitudes physiques. Il élimine la fatigue et rétablit l’équilibre affectif. Certains pays l’on interdit en raison de sa capacité addictive. Le Captagon est classé par l’OMS depuis 1986 comme substance psychotrope et en France, il est répertorié comme "produit stupéfiant" par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS). Le Captagon a été utilisé par les sportifs français et notamment les rugbymen.