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La gamelle

Il y a bientôt trois ans, une association spécialisée, le GRAJAR 93, me contacte afin de réaliser des films et organiser des formations au montage vidéo pour des jeunes issus des quartiers de la ville d’Aulnay-Sous-Bois.
Parmi eux, Issa m’a inspiré le titre de ce film « La gamelle », petit nom en argot qu’il emploie pour nommer la prison. Alors âgé de vingt-sept ans, Issa habite la cité Emmaus d’Aulnay-sous-Bois, et vient de passer ces dix dernières années entre les murs des cellules de Fleury Mérogis ou de Villepinte. Pour sa première incarcération, Issa a dix-sept ans. On le place dans une maison d’arrêt pour mineurs où il obtient son baccalauréat. Mais dès sa sortie, il multiplie les infractions puis les séjours en prisons, mais cette fois pour majeurs. Lors de notre première rencontre, je fais part à Issa de ma méconnaissance du monde carcéral.
Amusé il me répond que tous ses proches connaissent la prison : « On fait tout pour ne pas y aller, tout en sachant qu’on va y aller… »
Je lui propose de le filmer en tête à tête avec Joe, un éducateur spécialisé qui le connaît depuis longtemps. De cette entrevue, je monte une séquence de trois minutes au cours de laquelle Issa décrit son parcours, son quotidien en cellule, les visiteurs au parloir, la douleur de l’incarcération. Je lui remets un DVD de cette séquence et il reprend contact pour me dire qu’il l’a visionné plus de trente fois et qu’il veut continuer ce travail. Nous nous fixons un autre rendez-vous, mais le jour dit, Issa n’est pas là.
La veille au soir, il est interpellé par la police pour un simple contrôle d’identité alors qu’il n’a pas ses papiers avec lui. Il est placé en garde à vue, le ton monte, et une peine avec sursis inscrite sur son casier devient une peine ferme. Issa est reparti creuser… Manger la gamelle pour plusieurs mois.
Cette rencontre a été pour moi le déclencheur d’une réflexion sur le rapport qu’ont certains jeunes de quartier à l’incarcération. Quand Issa me confie qu’à chaque sanction reçue, son aversion pour les institutions grandit, que les règles du jeu sont établies par les nantis au détriment des plus démunis, j’en déduis que l’acte délictueux s’apparente presque à un acte de survie. Car comme Issa, d’autres jeunes avec qui j’ai échangé ont pour point commun d’avoir connu jeune l’échec scolaire puis des difficultés d’insertion professionnelle ou simplement de formation.
Dès lors on peut se demander quel rôle dissuasif ou préventif a, pour eux, la prison ?
Comment se fait-il que la perspective de passer vingt-deux heures sur vingt-quatre dans une cellule ne soit pas un frein à la délinquance, ni même à la récidive ?
Tourné au cœur de la cité, et dans la maison d’arrêt de Villepinte, ce film aborde un sujet délicat sans pour autant être sous les feux de l’actualité. Il privilégie l’échange entre ces protagonistes et se démarque fortement d’un traitement « reportage » ou « investigation », l’un des enjeux de ce documentaire étant de préserver jusqu’au bout la complexité du sujet dans une authenticité distanciée.

Xavier Menut
  • Xavier Menut
  • Xavier Menut
    Auteur - Réalisateur

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    Réalisateur, monteur freelance depuis bientôt vingt ans, je travaille essentiellement pour des chaines généralistes, des agences de communication ou des sociétés de production. En 2012 je réalise « la Gamelle » un documentaire sur le rapport qu’ont certains jeunes des quartiers à l’incarcération, ce film sera diffusé dans plusieurs festivals avant d’intégrer la collection des documentaires parisiens du Forum Des Images.

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