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Sarcellopolis

Sarcellopolis n’est pas un état des lieux mais un état des vivants. Sebastien Daycard-Heid et Bertrand Dévé, les réalisateurs, retracent l’histoire du plus grand ensemble de logements de France, qui en 2015 fête ses 60 ans. Un documentaire pour vérifier si la promesse, faite en 1958 par le gouvernement, de « vaincre le taudis, prendre une revanche sur le manque de confort et sur la laideur », a été tenue. Ce film retrace l’histoire de la transformation de la petite commune de moins de 10.000 habitants en une ville-monde aux 60.000 résidents et 90 communautés. Un film réalisé pour comprendre comment les espoirs nés d’un projet idéal permettant la mixité sociale ont tourné au cauchemar au fil des ans.

Le film commence sur les émeutes de juillet 2014 qui ont éclaté dans les rues de Sarcelles à l’occasion d’une manifestation pro-Gaza. En marge du rassemblement, des commerces juifs sont vandalisés. Incident de parcours ou révélateur d’un malaise plus profond ? Les réalisateurs tentent de répondre à cette question tout long de leur documentaire en rencontrant les Sarcellois. 

L’une des premières choses qui frappe, ce sont les images d’archives exhumées par les auteurs pour revenir sur la genèse du plus grand ensemble de France. On y découvre qu’à l’époque des cadres y vivent au côté d’ouvriers dans une atmosphère légère et joyeuse. Une harmonie qui ne va pas durer plus de 5 ans. Rapidement, les conditions de vie se dégrade notamment avec le vieillissement prématuré du bâti. La mixité sociale disparait peu à peu et le repli communautaire commence. Au fil des minutes de ce film, à la réalisation soignée, nous découvrons les désillusions et la nostalgie des habitants qui ont connu la belle époque de Sarcelles. Une époque où le Forum des Cholettes réunissait le tout Paris pour assister aux concerts des stars du rap français des années 90. Stomy Bugsy, Doc Gyneco, ou encore Passi. Des artistes qui aujourd’hui ne viennent plus.

Le métissage festif des années 60 a laissé la place à des ghettos : les musulmans d'un côté, les juifs de l’autre, les Chaldéens un peu plus loin. Le maire de la ville, François Puponni, a beau faire dans l’incantation républicaine, concrètement, il s’appuie sur les communautés pour garder le contrôle politique et social de la ville. Un maire à qui certains reprochent de transiger avec la loi de séparation de l’Église et de l’État. Un homme qui déclare « prendre les impôts des uns (comprendre, la communauté juive) pour construire les écoles des autres (la communauté musulmane)… Certains affirment que les communautés religieuses sont devenues le seul « média » des politiques. Le tableau semble noir et pourtant les réalisateurs en font jaillir de la lumière… 

Un reportage façon Soulage, dont la version interactive a été récompensée du Visa d’Or du webdocumentaire. Les Sarcellois ne vous parlent pas, ils vous racontent, les yeux dans les yeux, leur ville bien souvent stigmatisée dans les médias et les discours.