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Yémen : silence, on bombarde

Obtenir un visa de journaliste pour le Yémen est un exploit tant le pays est fermé à la presse. Exploit qu'ont réalisé Julien Fouchet et Sylvain Lepetit. Après plusieurs mois de négociations, les deux journalistes de Spicee ont décroché une autorisation de tournage pour couvrir la guerre civile qui ravage le pays depuis plus d'un an, dans l'indifférence générale. C'est la première caméra de télévision qui pénètre au Yémen depuis plusieurs mois. Pendant cinq jours, nos deux reporters ont vécu sous les bombardements meurtriers d’un conflit qui oppose les Houtis (une milice chiite du nord du pays) au gouvernement sunnite soutenu par une coalition de pays arabes dirigée par l'Arabie Saoudite.

Les Houtis ont chassé de Saana le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi en janvier 2015. Depuis, ils ont conquis une partie du pays mais n'arrivent pas à s'imposer définitivement. Et les combats font rage.

A peine arrivé, à l’aéroport de Saana, la capitale du pays, les stigmates de la guerre sautent aux yeux : bâtiments effondrés, carcasses d’avions sur le bord du tarmac... Alors qu'ils s'installent à hôtel, Julien Fouchet et Sylvain Lepetit observent les bombes qui explosent aux quatre coins de la ville, joyau architectural classé au patrimoine mondial de l’humanité ! Une merveille qui pourrait bientôt disparaître tant les frappes des avions saoudiens sont intenses et aveugles. 

Dès leur première sortie dans les rues de la capitale, nos deux journalistes sont pris sous un nouveau bombardement. Souffle de l’explosion, vitres brisées, cris, course effrénée… C’est le quotidien de Saana. Impossible de savoir d’où proviennent les missiles qui frappent, sans distinction, militaires houtis et civils. 

Comme souvent, ce sont ces derniers qui paient le prix fort de la guerre. C’est ce que les reporters constatent lors d’une visite à l’hôpital. Un père grièvement blessé dans le bombardement de sa maison sort tout juste du bloc opératoire. Il ne sait pas encore que sa fille, son fils et son frère ont péri dans l’explosion… Scène effrayante mais tristement banale à Saana. 

Dans le centre ville, les milices houtis font une démonstration de force. Manifestation monstre, Kalachnikovs dressés vers le ciel, chefs haranguant la foule aux cris de "mort à l'Amérique, mort à Israël et vive l'Islam".

Le lendemain, c’est un homme hagard que les journalistes croisent dans une rue dévastée. Le visage plein d’ecchymoses, il explique que le tas de ruines derrière lui était son immeuble. Une frappe de l’aviation saoudienne l’a réduit à néant. L’homme a juste eu le temps de sauter par la fenêtre. C’est le seul survivant. 

Au fil du reportage, nous découvrons l’horreur de ce conflit qui secoue un pays déjà traumatisé par vingt années de guerre civile entre factions tribales. Les rebellions contre le pouvoir se succèdent. Al-Quaida y a fait l’un de ses fiefs… Ce qui vaut au Yémen d’être l’un des pays les plus touchés au monde par les frappes de drones américains. 

Face à tant d’instabilité, le puissant voisin saoudien se sentant menacé est entré dans cette danse macabre il y a quelques mois. On comptabilise déjà entre 5000 et 10000 morts en moins de six mois. Mais personne ne semble vraiment y trouver à redire. Tout le monde à les yeux rivés sur le chaudron syrien. Alors, silence, on bombarde.