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Demirtas : l'homme qui veut changer la Turquie

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On le surnomme le « Tsipras de Turquie » ou « l’Obama kurde ». Selahattin Demirtas, chef du Parti démocratique des peuples (HDP), est devenu en quelques mois le cauchemar du président turc Recep Tayyip Erdogan et son principal rival aux élections législatives du dimanche 1er novembre. Spicee l’a suivi pendant sa dernière semaine de campagne. Une plongée dans la poudrière turque entre menace terroriste, dérive autoritariste de Erdogan et crise identitaire d’une société en pleine mutation.

A 42 ans, le Kurde Selahattin Demirtas bouleverse le paysage politique turc depuis les élections législatives annulées de juin dernier. A l’époque, le parti du jeune Kurde ancré à gauche remporte 13 % des voix et fait perdre la majorité absolue au parti présidentiel l’AKP. Pour le président Erdogan, c’est la douche froide. Il décide de réorganiser un scrutin ce dimanche 1er novembre. Dermitas pourrait faire aussi bien si ce n’est mieux si l’on en croit les sondages de ces dernières semaines. 

Face au président turc Recep Tayyip Erdogan, mégalomane, ultra autoritaire et grignotant les fondements de la démocratie, Selahattin Demirtas affiche une image jeune, moderne et progressiste. Avocat de formation, fervent défenseur des droits de l’homme (il est le fondateur de la section d’Amnesty International dans son fief à Diyarbakir), il propose un programme qui bouscule une Turquie à majorité musulmane et conservatrice. Le quadra défend notamment les droits des femmes, des homosexuels et des minorités… Sur le plan économique, il s’inspire des mouvements de la gauche radicale, type Syriza en Grèce ou Podemos en Espagne et se tourne vers l’Europe. 

Enfin, son parti intègre l’ensemble des composantes culturelles de la Turquie : Arméniens, Juifs, Yazidis et évidemment Kurdes… La défense de ces derniers lui vaut de la part du pouvoir le surnom de « traitre à la patrie » et « d’infidèle ». Cela lui vaut surtout d’être menacé de mort. Le 10 octobre dernier ses partisans étaient visés par un attentat sanglant lors d’une marche pour la paix organisée à Ankara. Bilan : 102 morts. Depuis, Selahattin Demirtas fait campagne beaucoup plus discrètement. Entouré de gardes du corps et précédé de chiens renifleurs, il limite ses apparitions publiques. Une position de cible qui pourrait cependant être favorable à la nouvelle étoile de la politique turque.